Par Singulier Pluriel, paru le 17 mars 2010
Catégories : culture • littérature • loisirs
Mots clefs : Foucault et les extraterrestres, livre, Patrick Doucet, roman
Dans ce court roman, où les livres poussent dans les arbres et voltigent allégrement, Patrick Doucet pose un regard pur et doux sur ces êtres «intrigants, surprenants, exaspérants et émouvants» que nous sommes. Il nous invite à graviter dans son imaginaire excentrique, autour de l’amour et des livres.
Fardée de science-fiction, prétextant l’aisance métaphorique, l’étude de Patrick s’accorde à nos relations intimes, à nos «difficultés millénaires», à nos cultures, à notre manque de volonté politique et citoyenne, à la Genèse et au progrès… Son histoire traverse temps et espace grâce aux témoignages du professeur Leroux, voyageur interplanétaire. La rhétorique du professeur est comparative et axée sur la démesure entre deux mondes bibliques et capricieux: de tous les livres, «ils ne conservaient plus que Le Livre embrumé du Volcan Glorieux, qu’ils relisaient sans cesse, encore et toujours, comme s’ils ne voulaient rien oublier, ou comme s’ils ne le comprenaient jamais tout à fait. Et tous les jours, au mitan de la journée, ils le déposaient au centre de leur cercle, sautaient dessus et s’y tenaient bien droits, une heure durant, face au Glorieux Volcan.» Ailleurs et autrement, «la vie sur Terre n’avait donc pas vraiment changé à la fin du vingt-deuxième siècle, et les grandes questions demeuraient toujours sans réponses définitives… Contre toute attente, des communautés entières, motivées par une ferme conviction, l’appel de la paresse ou la perspective d’un répit, commencèrent à éliminer des mots, à épurer les livres, de façon à ne conserver qu’une langue pure et simple, loin des gourous du recroquevillement mental dont le souffle sinistre balayait déjà tous les continents.» Clin d’oeil aux phénomènes de masse; l’invocation des «émondeurs du gros bon sens» pour solutionner les luttes discursives… Le totalitarisme et la religion sont deux sujets remaniés par l’auteur. «Foucault et les extraterrestres» est possédé par le propos adulte, certes, mais évolue avec un corps d’enfant: Orwell à l’école.
Devant l’envers de ce que nous sommes et derrière l’endroit de ce que nous serons, se dresse depuis près d’un siècle un genre littéraire futuriste et galvanisé, conçu pour accueillir les rêves et lubies d’écrivains audacieux, ambitieux et nécessairement visionnaires. Ce décor sans fin, ce genre inépuisable, permet à certains auteurs dégourdis, fabulateurs et fertiles, de se bousculer encore, à savoir, qui aura le plus beau vaisseau, qui créera le monstre le plus hideux, qui fera éclater des myriades d’étoiles, qui pondra le prochain super héros… Mais ici, simplement inquiet, messager souriant, outsider, Patrick Doucet s’est inscrit à une autre course. Son approche philosophique est évocatrice et reste légère, amusante. Sans tambour ni trompette, «Foucault et les extraterrestres» est un roman drolatique, qui interroge plutôt qu’abrutir. Pour l’amour des livres…
Réponse à la lecture de: «Foucault et les extraterrestres», Patrick Doucet, roman, Triptyque 2010.