«Pan»; un roman gris

Par Singulier Pluriel, paru le 13 mars 2010

Catégories : culturelittératureloisirs

Mots clefs : littérature, livre, Pan, roman

David Décarie signe ici un roman patraque. Un roman école pour lui; un texte initiatique pour nous. David utilise une écriture «con-cul-pissante», délurée et vulgaire, un peu embarrassée toutefois par le poids du propos scatologique. Entre chien et loup, il cherche à incarner une prose qui pourrait être la sienne, exploitant une écriture jeune et osée, experte en figures, personnifiée par la folie, exprimant la perversion.

Robin est entomologue mais décrocheur: schizophrène, «toute la scène l’embrouillais de ses imaginations, l’emboucanais tout comme un damné poêle bouché, l’obscurité lui sortais des yeux.» Employé dans une buanderie, là où «on peut vous faire beaucoup pour cinq piastres», il devient successivement esclave de ses fantasmes puis du crime organisé: «Petites culottes fraîches à louer, venez les cueillir vous-même, en toute discrétion… Laissez-nous un message au 514…» Prostituer du linge sale est la sale affaire de Robin: monsieur Bobette. D’une cocasserie à l’autre, il hallucine de plus en plus et son histoire est de moins en moins sécuritaire… Peut-t-il gérer sa propre existence jusqu’à la dernière page, sans tomber dans l’invraisemblance, sans oublier qu’il est le personnage principal du roman «Pan», de David Décarie? Même après avoir perdu un œil, un pouce et un gros orteil… Et un papillon rare?

«Pan» est un roman psychédélique sur fond d’ocre et de noir; un dessin grisâtre, pas vraiment grisant. À vrai dire, un roman dans lequel une prose grossière et violente s’enfarge, malhabile, dans une poésie se disant exercée. «Mes études m’avait pas sucé sang, temps, argent et raison tout à fait sans profit. Métaspires, argyphases, burcyphores, gnolipciarques, targilepses, allégorèmes, je les repérais d’un coup d’œil dans le texte.» Une recherche synonymique trop prononcée enlève une grande part de spontanéité à la narration: «…Riche, aliénée, aliénante, envoûtée, envoûtante, ensorcelée, ensorcelante, phoque! À bégayer! Loucher, faire des bulles! Télé, cinéma, journaux, dans le métro, où vous voulez, dans les urinoirs, les vitrines…» Une dictée savante qui ne se prête pas bien au contexte hardi du récit: «Agitée par les feuilles que faisait trembler un vent doux, ballottée dans les cascades et les remous, une lumière scintillante imprégnait la forêt. Du clair-de-jour, des agrippines, des petites-turquoises et de nombreux autres végétaux sauvages bordaient la rivière… On a marché lentement. La pollak a vomi à mi-chemin, puis encore en arrivant à l’auto. Elle m’a crié après… Eille eille eille! J’ai couru après en criant son nom… Vanessa! Merde! Phoque!» Loin des vagues, «Pan» fait la planche, softly, sur une rivière d’urine, de sang et de javellisant.

Réponse à la lecture de: «Pan», David Décarie, roman, de la Bagnole 2005.