Par Blanche Jubert, paru le 20 avril 2010
Catégories : littérature
Mots clefs : littérature, roman, roman gothique, romantisme noir
La véritable source du genre fantastique (on parle de fantastique lorsque les évènements sont d’origine surnaturelle) est le roman gothique anglais de la fin du 18e siècle. L’apparition des thèmes propres au fantastique (les fantômes, le Diable, les vampires) ces romans caractérisés par une atmosphère horrifique plus prononcée introduisent l’ambiguïté caractéristique du genre.
Parmi les Å“uvres les plus représentatives, citons Le Moine de Matthew Gregory Lewis (1796) (plus tard traduit de son anglais original par l’illustre Antonin Artaud), Les mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe (1794) et Melmoth, l’homme errant de Charles Robert Maturin (1820). Trois classiques littéraires que nous avons oubliés et pourtant qui sont très important dans la transformation du fantastique actuel. Si ces trois romans n’avaient pas été publié, notre fantastique ne serait pas celui que l’ont connait aujourd’hui. Il a enchaîné une vague de romans à la sauce surnaturelle ensuite en France.
La découverte des gothiques anglais donne lieu en France à une profusion d’oeuvres dites « frénétiques » (On parle aussi de « roman noir »). Encore très marquées par le merveilleux, ces Å“uvres introduisent dans le roman français le goût pour l’horreur et le macabre. William Beckford était anglais, et pourtant c’est le français qu’il a choisi pour écrire Vathek (1786), l’un des principaux romans de tendance frénétique. Il situe l’action en Orient, et donne au roman l’aspect d’un conte oriental qui rappelle Les Mille et Une Nuits. L’histoire est celle de la descente aux enfers d’un calife ayant cherché à obtenir des pouvoirs surnaturels en concluant un pacte avec le Diable.
L’autre grand roman frénétique est Le Manuscrit trouvé à Saragosse du polonais Jean Potocki, écrit lui aussi en français. Se présentant sous la forme d’un assemblage de récits indépendants avec quelques personnages récurrents, il propose une grande diversité de types de récits : le roman noir, le roman picaresque, le conte, le récits philosophique, etc. Cependant, le surnaturel est omniprésent dans le roman.
Après ces deux Å“uvres imposantes, le roman frénétique atteint son apogée avec les « petits romantiques ». Pétrus Borel, dans Champavert, Contes immoraux (1833) et surtout dans Madame de Putiphar (1839), est encore plus provoquant que les anglo-saxons, en particulier dans sa complaisance pour l’horrible.
Parmi les Å“uvres marquantes du gothique français, il faut aussi évoquer des romans qui, ayant été écrits dans le but de parodier les récits de Lewis et Radcliffe, sont devenus d’authentiques romans noirs. Dans ce registre, le critique littéraire Jules Janin a notamment écrit L’âne mort et la femme guillotinée (1829). De même, Les mémoires du Diable de Frédéric Soulié utilise tous les ressorts du roman gothique, et ne cache pas sa dette envers le Marquis de Sade.
Côté de l’Allemagne, le roman noir s’exprime par deux oeuvres principales de Goethe: Faust et Les souffrances du jeunes Werter.
Il ne faut pas oublier que cette période est une période assez sombre pour l’Europe entière, l’ère Victorienne en Angleterre et puis, en France après la révolution qui coûta la tête de plusieurs nobles suite à de nombreuses famines. L’Europe était en crise et le changement était de mises. Shakespeare un siècle plutôt avec ses oeuvres, nous a conduit et inspiré vers le fantastique, mais sans le savoir. Les fantômes et les sorcières et tous les contes mythiques de la vieille Europe n’ont que mené vers une tangente littéraire plus sombres et plus magique.