Serge Prenoveau; «…le mal de vivre est intérieur»

Par Singulier Pluriel, paru le 17 avril 2010

Catégories : culturelittératureloisirs

Mots clefs : littérature, livre, Prenoveau, roman

Je suis Simon, éclopé de la vie, épargné par la mort. «Une brisure, suivie d’un semblable sentiment d’injustice, s’est produite alors que j’étais tout jeune, et bien que toute ma vie durant j’en aie soupçonné l’existence, j’entrevois maintenant l’origine de ma haine envers les humains.» J’étais petit quand le «stupide virus» de la poliomyélite vint «parasiter les cellules nerveuses de ma moelle épinière…» Aujourd’hui, à 52 ans, je suis «une carcasse à moitié vidée de ses sentiments, une sorte de zombie incapable d’aimer, et de plus en plus apte et enclin à tuer…» Non, «surtout ne pas les tuer, car les morts ne souffrent pas.»

«J’attribue naturellement ma difformité caractérielle à la succession tortueuse des événements qui ont jalonné mon développement, comme ces arbres rabougris des régions boréales que la vie a contraints à croître dans un climat inhospitalier. Seulement, je ne suis pas un arbre… Il serait peut-être temps que j’en finisse avant qu’un jour je n’explose et ne m’en prenne réellement à des innocents.» Non, surtout pas à des innocents: «…et advienne que pourra.»

«Je n’ai pas changé… C’est le côté déprimant de la vie. La tête dit oui, le corps dit non… C’est malheureusement presque fini pour moi… L’inconscience d’être mort tout en étant vivant constitue pour moi une torture pire que de savoir que l’on va bientôt perdre la vie.» Je dois préciser qu’ «Autopsie d’un tireur fou» est un titre qui suggère ma folie plus qu’il ne la confirme. Change-t-on jamais?

Réponse à la lecture de: «Autopsie d’un tireur fou», Serge Prenoveau, roman, Fides 2010.