Entre le beau, le mal et les paradis artificiels

Par Blanche Jubert, paru le 20 avril 2010

Catégories : littérature

Mots clefs : Baudelaire, poésie

«Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu’une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l’entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

À travers la cité, comme dans un champ clos,
Il s’en va, transformant les pavés en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créature,
Et partout colorant en rouge la nature.

J’ai demandé souvent à des vins captieux
D’endormir pour un jour la terreur qui me mine ;
Le vin rend Å“il plus clair et l’oreille plus fine !

J’ai cherché dans l’amour un sommeil oublieux ;
Mais l’amour n’est pour moi qu’un matelas d’aiguilles
Fait pour donner à boire à ces cruelles filles !»

Charles Baudelaire, La fontaine de sang, extrait de Les fleurs du Mal


Poète maudit ou poète symbolisme, Baudelaire est probablement un des écrivains et poète les plus influents de la langue française. Né à Paris le 9 avril 1821 et mort le 31 août 1867 à Paris, Baudelaire a vécu sa vie pleinement.

Dans L’Art romantique, Baudelaire remarque : « C’est un des privilèges prodigieux de l’Art que l’horrible, artistement exprimé, devienne beauté et que la douleur rythmée et cadencée remplisse l’esprit d’une joie calme. ». Des poèmes, comme Le Mauvais Moine, L’Ennemi, Le Guignon montrent cette aspiration à transformer la douleur en beauté. Peu avant Baudelaire, Vigny et Musset avaient également chanté la douleur.

Pourtant la classification de Baudelaire est clair, il n’est pas un poète romantique, mais bien un symbolisme, car le symbolisme exprime par des symboles les états d’âmes. On peut le voir au travers de l’Albatros, dans le plaisir que prend le « vulgaire » à faire le mal, et, singulièrement, à torturer le poète (Le poète représenté bien entendu par le majestueux oiseaux).

La vie et les poèmes de Baudelaire à la fois fantastique, d’autres diront dépravés pour l’époque, sont également imprégnés de sa muse, Jane Duval avec qui sa relation n’était qu’une avalanche de ruptures et de réconciliations, mais on oublie également que Baudelaire se gavait de vin et d’Opium, en plus de cette magnifique fée verte couramment connu sous le nom d’Absinthe. Les poèmes de Baudelaire en furent très marqué.

Au travers de son Å“uvre, Baudelaire opère une transformation radicale de l’esthétique dominante, en proclamant vouloir libérer l’esthétique de toute considération morale ou éthique. (Ce qui lui valu plusieurs condamnation pour offense à l’Église ou encore entrave à la société) Comme le présente si bien le titre de son recueil Les Fleurs du mal, il a renouvelé en profondeur les motifs poétiques. Dans ses poèmes il a tenté de tisser et de démontrer les liens entre le mal et la beauté, le bonheur et l’idéal inaccessible (À une passante), la violence et la volupté (Une martyre), entre le poète et son lecteur (« Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère »), entre les artistes à travers les âges (Les Phares). En parallèle de poèmes graves (Semper Eadem) ou scandaleux pour l’époque (Delphine et Hippolyte), il a exprimé la mélancolie (MÅ“sta et errabunda) et l’envie d’ailleurs (L’Invitation au voyage). Il a aussi extrait la beauté de l’horreur (Une charogne).

Dernier point intéressant sur ce sombre personnage qu’était Baudelaire, il fut le premier traducteur des oeuvres d’Egard Alan Poe, ce qui ouvrit une dimension horrifique à notre chère littérature française.